Gustave dans les médias !

A la radio : Lundi 4 mai, Gustave est interviewé par le délicieux Brahim Naït-Balk sur HomoMicro. Enfin non, c’est plutôt moi qui répond aux questions ! Émission très détendue et légère…

http://www.homomicro.net/wp/2015/05/07/homomicro-10-33-speciale-xavier-bezard-sextoy-b-sensory-questions-juridiques-bilan-printemps-des-assoces/

 

 

Intervew YAGG du 12 mai 2015 :

intervewyaggXavier Bezard: «La peinture de Gustave Caillebotte chante l’affranchissement des castes et la liberté!»

Publié par
Faire d’un peintre encore injustement méconnu le héros d’un roman situé dans le Paris «gay» de la fin du XIXe siècle, le pari réussi de Xavier Bezard, auteur de «Gustave».

Auteur du très réussi roman Gustave, consacré au peintre Gustave Caillebotte, Xavier Bezard, qui enseigne les arts appliqués en Bourgogne, répond aux questions de Yagg.

D’où est née cette envie d’écrire un roman sur un peintre? Pas un peintre, ce peintre. À l’origine, Gustave faisait partie d’un recueil de nouvelles qui avaient pour thème la révélation de l’homosexualité d’un homme. Pierre Lacroix et Yvan Quintin, les éditeurs d’ErosOnyx, m’ont persuadé d’en faire un roman. Par ailleurs, Gustave Caillebotte a accompagné ma vie et ma propre révélation. Marqué par les Raboteurs de parquet à 11 ans, surpris par la charge homoérotique qui émanait de la rétrospective de 1994 pour le centenaire de sa mort, et enfin, entrant en empathie avec lui quand je compris que mon orientation sexuelle était majoritairement homosexuelle, c’est assez naturellement que mon envie d’écrire se soit portée sur lui.

Est-ce le blog Gustave sur Yagg qui vous a décidé à poursuivre en concevant un roman sur Caillebotte? Non, c’est l’inverse! Quand j’ai fini Gustave, je me suis retrouvé frustré de ne pas avoir pu, dans le roman, développer plus l’analyse de son œuvre. Alors, pendant que les rotatives tournaient, j’ai rassemblé ma documentation et ai démarré le blog qui a pris très vite des proportions que je n’avais pas prévues. Comme un besoin de montrer toute la richesse de cette œuvre qu’on hésite trop à interpréter. Maintenant, je le vois comme un complément pour ceux qui, pendant ou après la lecture du roman, veulent mieux connaître l’œuvre de Gustave Caillebotte, l’oublié de l’histoire de l’Art.

Qu’est-ce qui vous intéresse le plus chez ce peintre qui avait également plusieurs «casquettes» (mécénat, voile, philatélie)? L’homme! Sa sensibilité qui irrigue sa peinture, sa fragilité, ses angoisses que l’on peut également percevoir dans ses toiles.

Gustave Caillebotte a réussi à faire du cruel paradoxe de son existence, une œuvre forte et sensible: il appartenait par sa fortune à une grande bourgeoisie dont il abhorrait l’arrogance, la bêtise, mais par dessus tout l’«entre-soi» qui la faisait mépriser les gens du peuple.

Sa peinture montre la toxicité de cet enfermement et chante l’affranchissement des castes et la liberté. Elle chante aussi la sensualité masculine, surtout celle des ouvriers! Et avec quelle modernité dans les cadrages!

Comment avez-vous effectué vos recherches pour l’aspect réaliste et documentaire du livre? C’est un réflexe chez moi: je suis un «visuel» et j’ai besoin de voir les scènes que j’écris. Me documenter est un passage obligé, jusqu’à ce que je puisse voir la scène comme au cinéma. J’ai donc commencé par lire tout ce que j’ai pu trouver sur Gustave Caillebotte (hélas, des documents encore trop rares et maigres), je suis allé revoir son œuvre en la scrutant maintes fois pour en tirer les détails, mais aussi l’esprit. Ensuite sur l’époque, ma boulimique curiosité a fait le reste. J’ai beaucoup parcouru le web pour les données historiques et, si l’on est patient et méticuleux, on est surpris de la richesse des informations qui peuvent s’y trouver, à condition de savoir les trier et les vérifier. Il y a eu aussi des moments excitants comme quand, cartes de l’époque à l’appui, j’ai situé, après de longues considérations, l’usine du narrateur à Saint-Ouen pour que ce soit assez près de chez Gustave, et cohérent dans le tissu industriel de l’époque. Pour l’histoire de la photographie, c’était un domaine qui m’avait déjà intéressé, mais je suis retourné au Château Lumière à Lyon y parfaire mes connaissances.

Votre roman décrit aussi le Paris «gay» de la fin du XIXe siècle. Comment avez-vous travaillé sur cette partie de l’histoire? Là encore, j’ai trouvé beaucoup de choses sur internet. Mais je connaissais assez bien le Montmartre et les boulevards de la place Clichy à la fin du XIXe siècle (pour avoir habité sur la butte 30 ans et surtout y avoir passé mon enfance; ma famille y était installée depuis au moins trois générations et un de mes ancêtres fut communard), ainsi que l’esprit de «gaité» (comprenez «liberté sexuelle», c’est une des origines du mot «gay») qui y régnait. Pour les établissements «gays», plusieurs sources m’en ont décrit le principe d’une table réservée mais dans la même salle que les clients «ordinaires». C’était le plus fréquent. Toutefois, des établissements exclusifs, comme le Saint-Sébastien que j’ai inventé, semblaient également avoir existé. En ce qui concerne les lieux de prostitutions et la pornographie, là les documents ne manquent pas!

Qu’est-ce qu’il reste de Gustave Caillebotte et que retenez-vous de lui? Un homme décalé. Encore maintenant, on a du mal à le situer, à le présenter, jusque dans les catalogues de grandes expositions. Une œuvre trop courte, fulgurante et encore dérangeante parce qu’inclassable. Après, il y a sous son allure austère, cette immense générosité, cet amour des gens, cette horreur de l’injustice, son abnégation qui s’exprime dans son bonheur de faire partie d’un collectif. Il fut un des hommes les plus aimés de son temps, témoin l’impressionnant cortège à son enterrement. Moi, je retiens surtout sa grande fragilité, la détresse qui sourd dans son œuvre, dans sa réaction radicale après la querelle chez les impressionnistes. Son constat d’impuissance à rendre le monde meilleur: il n’a su qu’en montrer les absurdités. C’est ce qui me le fait aimer, qui me donne envie de le porter plus de cent ans après sa mort et de faire connaître son œuvre, injustement négligée.

Dans ce roman, on a quand même l’impression que Gustave Caillebotte n’avait pas de «défaut» majeur, que des qualités. L’amour du narrateur pour Gustave le rend-il aveugle? Sans doute mon amour pour lui – et donc celui du narrateur – me fait présenter ses défauts comme des raisons fortes de l’aimer. On aime quelqu’un pour ses défauts, pas pour ses qualités. Ceux-ci sont présents dans le roman, mais sûrement estompés de ce fait. De plus, Gustave tente de ne pas exposer son amant, avec lequel il ne vit pas au quotidien, aux excès peu agréables de son caractère. Il était trop sérieux, austère, autoritaire voire parfois manipulateur (ses études de droit qui le destinait à être avocat peut-être?) et surtout colérique. Mais tout l’entourage de Gustave lui pardonnait volontiers ses défauts tant sa profonde humanité, son humilité et sa générosité permettaient de les relativiser. Son humour inattendu également. Ce qui mine le plus Gustave est son doute profond en l’avenir et donc en lui-même. Persuadé à partir de la mort de son jeune frère René à 26 ans qu’il va disparaître tout aussi rapidement (il rédige son testament à ce moment-là, soit à 28 ans!), ajouté à son peu de considération pour lui-même, font qu’il abandonne assez vite les combats (esthétiques avec l’impressionnisme et techniques avec ses chantiers navals) dans lesquels il s’est pourtant si totalement engagé. «J’espère seulement être un peintre honnête, qui puisse être exposé dans l’antichambre de Monet et Cézanne» est la seule trace d’ambition qu’il ait laissée.

Dans l’histoire de l’art, l’homosexualité reste encore un sujet insuffisamment abordé. Pourquoi est-ce important de connaître l’orientation sexuelle ou l’identité de genre des artistes et des auteur.e.s? C’est important et ça ne l’est pas. Tout dépend de l’œuvre. Pour Andy Warhol ou David Hockney, leur amour des hommes apporte peu à la lecture de leur œuvre. Au contraire, c’est une donnée essentielle dans le travail de Léonard de Vinci, de Michel-Ange, du Caravage, et aussi, de Gustave Caillebotte. Les images de ce dernier montrent l’absurdité et l’enfermement des codes sociaux, des mœurs, des inégalités, et aspirent à une grande liberté de vivre débarrassé de toutes ces aliénations pourvu qu’il n’y ait pas de violence. La liberté sexuelle fait partie des motifs de ses peintures, d’autant que malgré lui, son pinceau se laisse aller à une belle sensualité quand il peint le corps masculin, que ce soit celui des Raboteurs ou de l’Homme sortant du bain. Ce qui pose problème n’est pas de connaître ou pas l’orientation sexuelle d’un artiste, mais son occultation quand elle ne va pas dans le sens de la normalité et qu’elle irrigue son œuvre.

L’entreprise du roman est aussi d’offrir aux gays et bis en construction, un héros de leur orientation sexuelle, qui soit positif (malgré ses doutes et ses abîmes).

Une légitimation qui m’a cruellement manquée dans mon acceptation personnelle, enfin débloquée à 40 ans.

Gustave, de Xavier Bezard, Eros Onyx Editions, 286 p., 15€.

Photo du profil de Christophe Martet   Publié par
Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s