Gustave, un peintre communautaire.

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ရေးမည်။

Illustration : Pierre-Auguste Renoir – L’atelier de l’artiste, 1876

Ce qu’il y a d’historique dans le mouvement impressionniste c’est que, malgré les désaccords et les dissensions, ces artistes pour la première fois dans l’histoire de la peinture, ont fonctionné en groupe. Monet et Renoir posaient leur chevalet côte à côte sur les bords de Seine, pratique que plusieurs membres du groupe ont adoptée. Quand l’un découvrait quelque chose qui allait de l’avant, il le partageait avec ses collègues qui souvent, le testaient aussitôt. Mais cela n’a duré qu’un temps…

Gustave Caillebotte s’est révélé à cette façon de fonctionner. On peut le voir à l’étrange éclectisme de style qu’il déploie durant son adhésion au groupe. Dans les années 78-79, il emprunte à Monet le remplacement du noir par de l’indigo, le confrontant à un orange vif :
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Deux pastels en or et indigo de 1878-79.

Ce qui ne manquera pas de susciter la désapprobation des critiques et autres publics bourgeois, sans doute pour son plus grand plaisir ! Parfois, il s’essaie à la touche vive et large comme chez Monet ; plus fine mais juxtaposée comme chez Renoir. La consigne est de représenter la vie quotidienne la plus banale pour en montrer la beauté qu’on ne sait plus voir ? Gustave la prend tellement à la lettre qu’il peint dans son immeuble, sur son balcon, dans son salon.

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Le pont d’Argenteuil vu par Monet et Gustave Caillebotte. Un même sujet, deux façons personnelles de le montrer.

caillebotte_italiens_lRue_de_Paris__Wet_Weather_(Caillebotte)Une touche vive et très impressionniste pour la vue du Boulevard des Italiens mais bien plus sage et léchée pour Rue de Paris, jour de pluie.

Il est parfois le fer de lance esthétique à son tour, et Manet, le grand Manet que tous admirent pour avoir été précurseur, emprunte le système de vue par un miroir qu’affectionne Gustave et qu’il a abouti sublimement dans Dans un café(1880). Manet construira son Bar des Folies Bergères (1882) sur ce principe stupéfiant.

untitledLe peintre est en fait visible : représenté par son manteau accroché ! Présence/absence espiègle…
bar_in_den_foliesChez Manet, la fête trop éloignée devient un fardeau.

La vision proposée dans les deux toiles est celle d’un personnage (client chez Caillebotte, serveuse chez Manet) adossé à un grand miroir qui reflète toute la salle. Nous voyons donc simultanément de face et de dos à l’artiste. Mais ce qui trouble dans les deux cas est la disparition de ce dernier : on aurait dû le voir en train de peindre dans le reflet. S’il s’efface, c’est peut-être pour plonger encore plus efficacement le spectateur dans la scène ; mais alors il devrait voir son propre reflet dans ce miroir. Une petite anomalie qui crée une mise en abîme vertigineuse. Alors le spectateur doit mettre en relation directe le personnage et le reflet : la serveuse triste et fourbue est confrontée à tous les gens qu’elle doit servir (Manet), le client à la tenue négligé, peut-être trop consommateur d’alcool, est lui confronté au grand vide de la salle où seuls, au fond, deux joueurs de cartes s’adonnent à une autre façon d’oublier une existence toute aussi vide. Dans les deux images, la présence de la bouteille montre un échappatoire bien dangereux.

Gustave Caillebotte ne conçoit pas son œuvre comme personnelle : elle s’inscrit dans le tout impressionniste, plutôt en marge d’ailleurs, comme j’espère le montrer. Comme si elle occupait le terrain laissé par ses amis pour compléter la vision universelle que propose le mouvement impressionniste. Ceci explique en partie pourquoi, après la querelle avec Degas et son abandon du groupe, il ne peint plus que pour son plaisir, hélas solitaire, ou pour faire le portrait de ses amis –et de ses bateaux- ! Sa très grande humilité lui interdit de vouloir mener la barque : « J’essaie de peindre honnêtement et de devenir digne d’être accroché dans l’antichambre où seront accrochés Renoir et Cézanne » confit-il.

GC10Autoportrait bien étrange de Gustave : il peint, vu dans un miroir (car le voilà gaucher) qui nous le montre en plongée, parmi les toiles de sa collection. On ne voit pas sa toile, mais on est devant, en fait ! Mise en abîme qui dessert une quelconque glorification de l’artiste. Un homme est assis derrière, à moitié caché par la manche du bras qui manie le pinceau. Il entre de ce fait dans le monde du peintre, dans ce qu’il a de plus précieux. Un compagnon intime ? Toujours est-il que Gustave semble nous dire que seul, il n’est rien !

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1 réflexion sur « Gustave, un peintre communautaire. »

  1. « Seul, je ne suis rien »
    On peut lire ton roman comme le roman d’une vie qui cherche le plus longtemps possible à échapper à l’abîme grâce aux autres. La présence constante de Martial son frère, le cercle des Impressionnistes, le Cercle de la Voile, les repas au Petit – Gennevilliers. Avec les orchidées et la culture des fleurs, Gustave se replie déjà. Lui restent jusqu’au bout le narrateur et Charlotte, comme si l’amour était le dernier moyen de recoller les morceaux du puzzle en manque d’utopie communautaire. A te lire, on a le sentiment que Caillebotte n’arrive pas à faire se rejoindre tous les morceaux éparpillés de son idéal de vie. Il meurt à quarante-six ans. Il vit vite comme celles et ceux qui sentent que la mort les guette. Ton idée du narrateur, n’est-ce pas l’occasion multipliée de le faire vivre vite et fort ?

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