Gustave et l'aventure impressionniste.

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ရေးမည်။

Comment présenter la vie et l’œuvre de Gustave Caillebotte ? Par quel morceau commencer ce puzzle éparpillé et peu accessible, à l’instar de la personnalité de cet homme singulier ? Peut-être en rappelant ce que tout le monde sait (enfin, le monde averti, le monde de l’Art !) : Gustave Caillebotte, peintre et mécène, peintre mais mécène pour le plus grand malheur de sa notoriété ! Je vais ici traiter rapidement des éléments d’histoire de l’Art, mais je veux préciser que ce n’est pas mon objectif : je n’ai ni la compétence ni l’envie de faire une thèse historique. Je veux seulement poser quelques évènements qui permettent de comprendre ou de s’imprégner du contexte qui a vu évoluer Gustave et son œuvre. Rien de plus. Donc, la notoriété de Caillebotte. Notoriété dont il se fichait, voire même se méfiait. Alors oui, c’est grâce à son legs de tableaux impressionnistes achetés à ses amis (Monet, Renoir, Pissarro, Sisley…) que le musée d’Orsay peut présenter autre chose que la peinture pompière dans les salles de la deuxième moitié du XIXème siècle. Gustave, avant même d’être artiste, est un militant.

Pourtant, ce n’était pas le destin auquel sa jeunesse le prédestinait. Né dans la soie mais l’année d’une révolution (1848), son père ayant fait fortune en vendant des draps à l’armée, il fait des études de droit. Il semble en avoir le caractère : sérieux, consciencieux, austère même, aucun sourire sur les photos de sa jeunesse ; il montre en bon aîné de la famille, que la fortune Caillebotte sera bien gérée. Toutefois, cette famille n’est déjà pas dans les normes de la grande bourgeoisie. Recentrée sur ses membres, elle néglige de paraître, de se positionner dans le monde. Et même si Martial Caillebotte père achète une luxueuse propriété à Yerres (visitable depuis peu), on y reçoit peu en dehors de la famille. Et dans les premières toiles de Gustave, on s’y amuse. Enfin, si l’on est un garçon : les femmes sont discrètes, sans joie, occupées aux travaux de couture.

Mais voilà qu’en 1870 c’est la guerre où finalement Gustave est mobilisé, puis la Commune. Que s’est-il passé pour les Caillebottes durant cette boucherie ? On ne sait pas. Mais on sait que plus tard, les deux frères Gustave et Martial n’aimaient pas trop ce qui venait d’outre-Rhin. Et tout à coup, en 1872, Gustave décide de laisser tomber le droit et de s’adonner à la peinture. Il dessinait depuis l’âge de 12 ans, peignait un peu, mais rien de bien sérieux. Chose étonnante pour une famille bourgeoise de cette époque, ce projet nouveau et indécent est fort bien accueilli. Le père Martial paie des cours de peinture pour que Gustave rentre aux Beaux-Arts. Une fois admis, il y va peu, préférant fréquenter les « intransigeants ». Degas le remarque et lui permet d’intégrer le groupe qui sera nommé plus tard « les impressionnistes ». Gustave, avec une remarquable clairvoyance, se positionne : il présente au salon Officiel Les raboteurs de parquets (1875). La toile est refusée : c’est la confirmation pour le peintre que l’avenir n’est pas dans la poussière académique, mais bien chez ses nouveaux amis. Alors il travaille sans cesse et en 6 ans, produit ses toiles les plus importantes :

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Je reviendrai sur quelques-unes (après tout, sur un blog, on a la place !)

Mais plus que ça, il porte le groupe : paie, organise les expositions des « intransigeants », puis des « impressionnistes ». Il donne sans compter, de sa personne aussi, n’hésitant pas à aller chercher les toiles pour l’exposition ou à remotiver un Monet dépressif. Il aide financièrement ses amis dont il est le cadet d’une huitaine d’année. Il prête de l’argent à tous (Pissarro surtout) offre à Monet un atelier gratuit, achète les toiles de ce dernier, de Renoir (dont Le bal du moulin de la Galette et La balançoire, les deux chefs d’œuvre du musée d’Orsay) et quantité de Pissarro, qui est le plus dans le besoin. Il les paie cher, pour aider, mais il les choisit avec beaucoup de soin : à l’inventaire du legs, Renoir remarque qu’il n’y a que des œuvres majeures. Gustave est heureux d’être le moteur de cet art nouveau tant décrié. Trop d’enthousiasme ! Degas ne partage pas sa vision d’une école impressionniste, lui veut exposer tous ceux qui sont contre l’académisme, et il combat le purisme de Caillebotte. Le groupe se déchire. Les deux bourgeois s’écharpent, arque boutés sur leurs combats esthétiques. Degas, cynique, dynamite l’entreprise de Gustave. « Degas cause la dissension entre nous » se plaint-il à Pissarro. « Puisque Sisley, Monet et Renoir ont quelque talent, il ne leur pardonnera jamais … Il a presque une manie de la persécution… Non seulement il est injuste, mais encore il n’est pas généreux. » Le conflit est si grand qu’ils quittent le groupe tous les deux en 1881. « Je suis écœuré, je me retire sous ma tente, comme Degas (mais pas comme lui)… » Gustave, amer, détruit plus qu’il ne veut bien le dire, cesse de peindre pour le futur de l’Art. S’il continue à manier le pinceau, ses toiles ne font l’objet que de très rares expositions en Belgique et aux États-Unis. Toutefois, si son œuvre est désengagée, percent durant les 13 ans qu’il lui reste à vivre, des fulgurances qui ne laissent d’étonner. L’homme sortant du bain (1884) entre autre, mais aussi la série du linge séchant, et puis ses orchidées à la touche incroyablement vive. Il meurt à 45 ans en 1894.

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2 réflexions sur « Gustave et l'aventure impressionniste. »

  1. Encore moi, zphyr,
    ce que tu écris et les nouvelles toiles que tu présentes de Gustave Caillebotte me touchent vraiment beaucoup.
    J’ai fait défiler plusieurs fois ces tableaux et je remarque, dans les vêtements des hommes, l’opposition du noir étriqué bourgeois et du blanc flottant des ouvriers et des soldats, les blouses claires des peintres qui ont quelque chose de fluide et les chemises au vent des soldats qui donnent envie d’entrer dedans ou, mieux, d’imaginer les corps qui les ont portées, qui ont sué dedans et qui les enfileront à nouveau quand elles seront bien blanches et bien sèches… Tu as raison, que de caresses et plus si affinités, avec pourtant le plus prosaïque des sujets. Et quel envol de la touche ! Il a du vent dans les pinceaux, ce peintre.

    Continue à nous faire connaître Gustave Caillebotte selon zphyr

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  2. Bonjour Pierrot.
    Ton appétit de sensualité semble insatiable, et tu sais, en gourmet averti, que les peintures de Gustave en sont largement pourvues. Quant à ton analyse sur le noir et le blanc, elle est tellement pertinente qu’elle court tout mon roman !
    Patience, amateur affamé : je suis en train d’écrire l’article suivant qui a pour titre « Sensualité des raboteurs » qui bousculera l’ordre auquel j’avais pensé en finissant les éléments biographiques d’abord. Quand la faim n’attend pas…

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