Ecrire des histoires gays

Avant de me pencher sur la vie et l’œuvre de Gustave Caillebotte, je voudrais tenter d’analyser ce qui me pousse d’une façon plutôt spontanée à écrire. À écrire des histoires gays.

« Au commencement, il y a l’insulte… » disait Didier Eribon dans l’excellent Réflexions sur la question gay (ed. Champs essai) pour exposer le parcours douloureux, complexe de l’homosexuel découvrant son orientation sexuelle. Parcours qui est au final un accélérateur de la connaissance et de l’affirmation de soi. Se construire sur l’insulte a donc des vertus, peu évidentes au départ, qui permettent également de mieux définir ses rapports affectifs. Mais cela reste violent. Pour juste et pertinente que je tienne son analyse, j’y opposerai un « Au commencement, il y a l’amour ! » Certes, un élan amoureux différent, contrarié, souvent bafoué, refoulé, porteur de honte et d’opprobre, mais un sentiment bien réel, animant les gays et lesbiennes d’autant plus qu’il n’est pas évident à satisfaire, voire même à éprouver.

Hebergeur d'image Gustave et Martial Caillebotte

Lorsque j’ai entrepris d’écrire, ce fondement amoureux a imposé sa belle évidence : écrire, d’accord, mais pour dire à tous les homos par priorité, et aussi démontrer aux hétéros qui en doutent encore, qu’une histoire gay est avant tout et principalement une histoire d’amour. Ce qui en fait quelque chose de fascinant, c’est qu’elle doive immanquablement s’accompagner de la conquête de la liberté d’aimer, et ce parcours n’en est que plus intéressant.

Je veux donc écrire l’amour et la liberté, pour que mes semblables puissent se dire, s’il en est besoin, qu’il est légitime d’aimer quelqu’un du même sexe que soi, que c’est même magnifique et porteur d’une subversion bien mineure, mais hélas encore trop mise en doute et parfois en pièce. Conter les vies amoureuses à rebours de ce que vivent la majorité des hommes, c’est mettre en lumière l’altérité émancipatrice, le grand bol d’oxygène salutaire à toute société humaine. Si ce projet peut apparaître comme terriblement niais et romantique, ça m’est égal. C’est ainsi que je suis fait et revendiquer ce caractère n’est pas plus difficile que de s’affirmer homosexuel. Je souhaite seulement donner du plaisir à tout lecteur, en déclinant l’articulation de ces deux pôles : l’altersexualité et la liberté. J’ai également la prétention de croire que par mes textes, je travaille un tant soit peu à la proclamation de la liberté d’aimer, que ce soit hors ou dans les normes sociales. Aimer est pour moi une urgence de tous les jours, c’est ma conviction. Il n’est rien de plus désespérant que d’assister à son empêchement. Puissent tous les hommes rejoindre un jour ma certitude.

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2 réflexions sur « Ecrire des histoires gays »

  1. Merci, zphyr, pour ta réponse.

    « Gustave » sera donc une déclaration d’amour à un peintre, un roman bâti autour d’une biographie fantasmée et qui s’appuiera sur les toiles, les éléments connus de la vie de Gustave Caillebotte, les photos qu’on garde de lui…
    « Au commencement était l’amour », écris-tu. Tu places donc ton roman sous le signe du romantisme; Mais, dis-moi, ton romantisme est une belle profession de foi mais ce romantisme, tu le vois comme un idéal platonique ou un lien où le sexe a aussi sa part essentielle ?
    A te lire. C’est un plaisir d’avoir cet échange avec un auteur.
    Pierre

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  2. Bonjour, Pierre.
    C’est un plaisir de se voir compris au delà même de ce qu’on a écrit ! Oui Gustave est un roman d’amour, celui du narrateur -et donc le mien- envers le peintre et l’homme, aussi incomplète soit sa biographie officielle. Tout ce qui manque (et notamment sa vie affective), je l’ai puisé dans la peinture à l’huile couchée sur ses toiles.
    Dans celles-ci, il y a une part érotique qui affleure, entre autres pistes pour comprendre la complexité psychologique de cet homme… merveilleux ! Pour moi, l’érotisme et le sexe font partie intégrante de la vie : il est donc hors de question de les éluder chastement ! alors oui, il y a dans Gustave des scènes de sexe, mais si explicites soient-elles, elles ne sont pas à être considérées à part, mais comme d’autres pièces du puzzle qui définissent ce personnage, cet homme. Chacune éclaire une facette de sa personnalité et de sa créativité ; beaucoup sont inspirées par cette dernière à la lecture des tableaux.

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